Postfinance l’a annoncé fin août, à compter du 1er octobre prochain l’établissement va taxer les dépôts bancaires supérieurs à CHF 500’000 afin de répercuter les intérêts négatifs introduits par la Banque nationale suisse (BNS) en 2015. Cette mesure, qui touchera entre 6000 et 7000 personnes, n’est de loin pas inédite en Suisse.

Pour rappel, la BNS prélève des intérêts négatifs sur les avoirs en comptes de virement des banques, si ceux-ci excèdent un certain montant exonéré. Beaucoup d’établissements bancaires reportent ensuite ces « frais » sur leurs clients.

A l’heure actuelle, le taux d’intérêt appliqué est fixé à -0,75% et la marge de fluctuation du Libor à trois mois est comprise entre -1,25% et -0,25%.
Avec l’éclatement de la crise financière, on a assisté à un revirement fondamental de la politique monétaire. Bien que cela se soit déjà produit par le passé en Suisse, personne ne pouvait imaginer que les taux directeurs des banques centrales pourraient un jour passer en dessous de zéro de manière durable. Le fait de punir l’épargne et de récompenser la consommation tout azimut contredit les principes de l’économie de marché. Aussi, accepter de payer pour prêter de l’argent est un non-sens !

Alors pourquoi une telle mesure ?

La BNS, l’a dit et redit, il s’agit de lutter contre les afflux excessifs de capitaux et d’affaiblir le franc suisse.

Dans un communiqué du 20 septembre, la BNS a répété que notre monnaie reste à un « niveau élevé », alors que la situation sur les marchés des changes « demeure fragile ».
Selon l’institut d’émission : « Les taux d’intérêts négatifs et la disposition de la Banque nationale à intervenir au besoin sur le marché des changes restent nécessaires pour maintenir à bas niveau l’attrait des placements en francs et, partant, réduire les pressions à la hausse sur le franc ».

En effet, les intérêts négatifs rendent les placements moins attrayants, entraînant une baisse de la demande de monnaie et partant une dépréciation du taux de change. Bien que cela ne soit pas l’objectif en Suisse, les intérêts négatifs servent également à encourager la création de crédit afin de stimuler la croissance. Il s’agit d’un complément aux politiques d’assouplissement quantitatif (« Quantitative Easing », QE).

Or, selon plusieurs études et sans rentrer dans les détails, cette méthode de dépréciation de la monnaie ne fonctionne pas chez nous, en raison notamment de facteurs conjoncturels propre au pays (réputation du franc d’être une monnaie refuge par exemple).

Pire, les conséquences sont désastreuses en Suisse. En effet, comme relevé ci-dessus, les banques répercutent l’effet des intérêt négatifs sur leurs clients. Certes, seuls les plus fortunés (entre CHF 100’000 et CHF 1’000’000 selon les établissements) sont visés, raison pour laquelle le citoyen lambda ne se sent sans doute pas concerné mais c’est une grave erreur ; Car tout citoyen résidant en Suisse et exerçant une activité lucrative cotise pour le deuxième pilier et espère un jour toucher une rente. Or, les fonds de pension mais également la prévoyance vieillesse sont justement les plus touchés par ces mesures ! Par ailleurs, beaucoup d’entreprises ont besoin de liquidités pour leur fonds de roulement et possèdent justement des comptes auprès d’établissements comme Postfinance.

En vérité, la BNS pénalise en premier lieu les résidents suisses ainsi que les Suisses de l’étranger qui conservent généralement un compte bancaire dans leur pays d’origine pour payer les frais d’entretien de leur maison par exemple.

Pourquoi les intérêts négatifs ne concernent-ils pas uniquement les étrangers ?

On peut légitimement se poser la question puisque la mesure est censée lutter contre la surévaluation de la monnaie et non pas taxer les résidents qui ont besoin de payer leurs dépenses en franc.

Les intérêts négatifs s’apparentent à un véritable impôt sur les comptes bancaires auquel il convient d’ajouter l’impôt sur le revenu (dividendes, etc.) qui peut dépasser les 40% dans certains cantons ainsi que celui sur la fortune qui avoisine les 1% pour les plus riches, le tout alors que les rendements des actifs (par exemple des obligations) sont au plus bas.

Une situation absurde qui conduit certains investisseurs à se tourner vers des marchés beaucoup plus spéculatifs (par exemple les actions) et vers des investissements qui ne correspondent plus à leur profil de risque, ce afin de rechercher un semblant de performance et échapper à cet impôt injuste. Tout cela contribue à la création de véritables bulles.

Autre mesure prise par le citoyen consiste dans le retrait d’argent liquide auprès des banques afin de le placer dans des coffres ou chez soi. En Suisse, la quantité d’argent en circulation est extrêmement élevée en comparaison internationale, ce qui nuit à l’économie en général, sans parler du risque sécuritaire (vol, etc.).

Aussi, contrairement à ce qu’on peut imaginer, le renforcement du franc face aux autres monnaies ne date pas d’hier, comme ce fut le cas avec la lire italienne par le passé et à des niveaux bien plus élevés qu’aujourd’hui avec l’euro. Cette progression régulière de notre monnaie est un problème connu depuis de très nombreuses années et les entreprises suisses ont toujours réussi à s’adapter. En effet, il convient de ne pas oublier que si celles-ci doivent exporter moins cher pour faire face à la concurrence, elles importent également les matières premières à moindre coût.

Enfin, le résultat obtenu par la BNS pour affaiblir la monnaie nationale est extrêmement décevant. Le change EUR/CHF oscille aujourd’hui autour des 1.13 avec un plancher début septembre au-dessous des 1.12. Autant dire que la mesure ne porte pas ses fruits.

Pire encore, la BNS ne dispose aujourd’hui plus d’aucune marge de manœuvre en cas de nouveau fléchissement dans la zone euro (qui semble pourtant se profiler). Une nouvelle augmentation des taux d’intérêts serait désastreuse et risquerait au surplus d’entrainer un « bank rush ».

Alors pourquoi la banque nationale continue-t-elle de s’entêter dans cette voie ?

Sans doute parce qu’elle ne sait pas comment se débarrasser de tous ces euros accumulés au fil des ans et à tous les cours.

La BNS a en effet énormément investi en euro ces dernières années, représentant une sorte de Edge Fund monstrueux ne pouvant pas se permettre de laisser aller le franc à la hausse au risque de faire des pertes abyssales.

Mais malgré quelques timides tentatives parlementaires, personne n’ose s’opposer au sacro-saint qu’est la BNS, à tort selon nous !

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